En bref - innovation - Janvier 2026
- Coralie Gagné
- 15 janv.
- 5 min de lecture
Sur toutes les lèvres? L'IA fait face à la réalité - le sujet de 2025 en revue
L'intelligence artificielle est partout. Un courriel sur deux semble en parler, les conférences se multiplient et en tant que firme de consultation en innovation, nous ressentons cet engouement auprès des organisations que nous accompagnons. Dans la dernière année, nous y avons même d'ailleurs consacré plusieurs de nos « En bref ». Impossible d'ignorer un sujet qui suscite autant de curiosité et de questionnements.
C'est donc avec un certain étonnement que nous avons découvert le dossier spécial du MIT Technology Review de décembre, intitulé « The Great AI Hype Correction » (disponible ici - abonnement requis). Un titre provocateur, presque à contre-courant. Pourtant, à la lecture, nous y avons reconnu l'essentiel de notre propre discours : oui, l'IA transforme nos façons de faire, mais les attentes démesurées méritent d'être tempérées.
L'année 2025 marque en effet un tournant. Après l'euphorie des débuts, l'industrie de l’intelligence artificielle fait face à un constat lucide. Le MIT parle d'un recalibrage salutaire des attentes envers une technologie qui continue de fasciner, mais dont les limites se précisent. Bien que la courbe de progression semblait exponentielle et les possibilités infinies, la réalité s'est avérée plus complexe. Une étude, celle-ci également du MIT, publiée en juillet 2025 a fait l'effet d'une douche froide : 95 % des entreprises sondées ayant expérimenté l'IA n'y ont trouvé aucune valeur ajoutée tangible.
Ce recadrage n'est pas un échec. C'est une maturation. Nous pouvons enfin mieux comprendre cette technologie pour ce qu'elle est : un outil prometteur, mais encore expérimental. Comme le formule Nathan Benaich pour l’article du MIT Technology Review : « Nous cherchons encore à comprendre comment tirer parti de cette boîte noire incroyablement complexe ». D’ailleurs, on ne peut s’empêcher de faire ici un clin d'œil à la pièce de théâtre Boîte noire chez Duceppe!
Au Québec, le portrait reflète cette prudence. À peine 12,7 % des entreprises utilisaient l'IA au deuxième trimestre 2025. Cela représente une progression plus lente qu'en Ontario. Les freins sont d'ailleurs connus : coûts d'implantation, incertitude quant aux retombées, manque d'expertise interne… Pour la Chambre de commerce et d'industrie de Québec (CCIQ), l'enjeu est clair : « Si la compréhension des technologies comme l'IA n'est pas la même de la base au sommet, ça ne fonctionnera pas ». C'est dans cet esprit que la CCIQ s'est associée à Formation aux entreprises – Capitale-Nationale, qui regroupe les services aux entreprises des cégeps de la région, afin d'accompagner les entreprises dans leur virage vers l'intelligence artificielle.
Ce que cela signifie pour nos territoires
Pour les municipalités, MRC et organismes de développement régional, ce rythme d’adoption plus modéré offre une occasion précieuse. Plutôt que de céder à l'urgence d'adopter l'IA coûte que coûte, misons sur une approche réfléchie : cibler des problèmes concrets, évaluer rigoureusement si l'IA constitue la bonne réponse, et accompagner les équipes dans cette transition.
Soyons clairs : l'IA dominera encore les conversations en 2026 même si, jusqu'ici, peu d'entreprises ont véritablement sauté le pas et plusieurs en sont revenues déçues. C'est précisément pour cette raison que la question mérite d'être posée autrement : suivre la vague aveuglément ou tracer votre propre chemin avec discernement? C'est peut-être là, dans cette nuance, que réside la véritable innovation.
Et pour le grand public? Les coûts “cachés” de la course à l'IA
Au-delà des attentes revues à la baisse, l'engouement pour l'IA commence à avoir des effets bien concrets sur nos portefeuilles et notre planète. Côté économique, la ruée vers les infrastructures d'intelligence artificielle a créé une véritable pénurie de puces de mémoire. Résultat : les prix des composants grimpent. Ce sont les fabricants d'ordinateurs, de téléphones et d'appareils électroniques qui écopent. Les géants du secteur, avec leurs marges confortables, absorbent le choc sans trop broncher. Mais pour les autres? C'est soit couper dans la qualité, soit refiler l'addition aux consommateurs…
Cela dit, si nous devons payer davantage, peut-être est-ce aussi l'occasion de revoir nos priorités collectives. Personnellement, nous connaissons très peu de gens qui rêvent d'un écran tactile sur leur réfrigérateur. En revanche, nous en connaissons beaucoup qui espèrent des traitements plus ciblés contre le cancer, des diagnostics plus précoces ou des soins mieux adaptés à leur réalité. Le recalibrage actuel nous offre une fenêtre pour nous poser la question : à quoi voulons-nous vraiment que l'IA serve?
Côté environnemental, le portrait n'est guère plus réjouissant. Il a été estimé que l'IA aurait produit en 2025 autant de CO₂ qu'une ville comme New York en une année complète. On parle de quelque 80 millions de tonnes de CO₂ et d'une consommation d'eau qui dépasse celle de toute l'industrie mondiale de l'eau embouteillée. Et les centres de données? Ils utilisent maintenant 4% de l'électricité mondiale, alors que ce chiffre était à 2% il y a à peine cinq ans.
Plutôt que de voir ces chiffres comme un frein, on peut y lire une invitation à la réflexion. Le ralentissement actuel donne aux municipalités, aux MRC, aux organismes de développement et aux entreprises le temps de se poser les bonnes questions avant de plonger. C'est l'occasion d'intégrer les enjeux économiques et environnementaux dans nos stratégies numériques, plutôt que de courir après la dernière tendance. Tel que le fait d’ailleurs QScale, un centre de données à Lévis, qui vise à concilier leurs activités avec une approche plus verte. L'IA de demain sera peut-être plus sobre et mieux adaptée à nos besoins réels, mais encore faut-il profiter de cette période de remise en question pour prendre le temps d'y réfléchir.
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