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En bref - innovation - Q2 2026

  • il y a 4 jours
  • 7 min de lecture


Sur toutes les lèvres: le repreneuriat


Le repreneuriat est partout. Dans les médias, dans les plans gouvernementaux, dans les nouvelles alliances régionales. C’est le mot de l’heure, et pour cause : les chiffres sont saisissants.


Selon les données les plus récentes de Repreneuriat Québec et de l’Observatoire du repreneuriat (ORTEQ), plus de 50 000 entreprises québécoises devront trouver preneur au cours des cinq prochaines année et 61 % des propriétaires actuels n’ont toujours pas amorcé de planification de relève (Repreneuriat Québec, 2025a). Au premier trimestre de 2025, pas moins de 12 000 cédants potentiels envisageaient un transfert ou une vente à court terme (Repreneuriat Québec, 2025b). Ce n’est pas anodin : depuis 2021, le transfert d’entreprise dépasse la création d’entreprise au Québec, une première dans l’histoire de la province (Thériault, 2025).


Près de nos bureaux (quoi que nous aimons couvrir les quatre coins du Québec!), dans la seule grande région de Québec et de Chaudière-Appalaches, ce sont plus de 5 000 entreprises qui devront changer de mains d’ici 2028 (CCIQ, 2026). La conclusion est sans équivoque : chaque entreprise qui ferme faute de relève, c’est un savoir-faire, des emplois et un ancrage communautaire qui disparaissent.


L’écosystème se mobilise et c’est une excellente nouvelle. Mais il y a un angle qui, à notre avis, mérite davantage d’attention : celui de l’innovation et, plus précisément, le moment où l’on en parle.


Le consensus scientifique : le repreneuriat dynamise l’innovation


La littérature internationale et les données québécoises convergent sur un constat fort. Au Québec, l’étude présentée au Sommet du repreneuriat 2026 — la première à chiffrer cette réalité ici — démontre que les PME issues d’un transfert affichent une productivité supérieure de 11,1 % en moyenne et dépensent 13,2 % de plus en R-D que celles dont le propriétaire est demeuré le même (Repreneuriat Québec, 2026).


La revue systématique de Baltazar et collègues (2023), qui synthétise 32 études internationales, va plus loin : pour les entreprises familiales, la capacité d’innover après une succession constitue littéralement « une question de vie ou de mort ». L’OCDE (2019) la formule autrement, à l’échelle de ses pays membres où le transfert d’entreprise est davantage reconnu comme étant une occasion stratégique de revoir la vision, le modèle d’affaires et les pratiques de gestion et non pas seulement de transférer un actif.


Le constat est partagé d’un océan à l’autre : un transfert bien mené est un puissant catalyseur de renouvellement. Comme le souligne le PDG de Repreneuriat Québec, l’arrivée d’un repreneur insuffle de nouvelles idées, de nouveaux capitaux, de nouveaux marchés (Lafrance, 2026).


Ce qu’on ne dit pas tout haut 


C’est ici que le débat actuel mérite, à notre avis, d’être poussé plus loin. La quasi-totalité des études disponibles examinent l’innovation comme un effet du transfert — c’est-à-dire comme quelque chose qui se produit après l’arrivée du repreneur. Ce point de vue est valide, mais il occulte un phénomène empiriquement documenté qui devrait nous préoccuper.


Plusieurs travaux internationaux convergent vers la même observation : à mesure que la succession approche, l’investissement en innovation tend à diminuer. Notamment, au Danemark, les travaux de Bennedsen et collègues sur les entreprises familiales mettent en évidence une dynamique semblable : les investissements fléchissent à l’arrivée des successeurs en gestion, avant de remonter une fois ceux-ci pleinement aux commandes (2007). À l’échelle de la littérature internationale, l’analyse en socioemotional wealth confirme que le processus de succession lui-même tend, paradoxalement, à freiner les investissements en innovation au moment où l’entreprise en aurait le plus besoin pour optimiser sa valeur de transfert (Baltazar et al., 2023).


Autrement dit : il existe un « creux d’innovation pré-succession » systématiquement observé à travers les juridictions étudiées. Et c’est ce creux qui, à notre sens, constitue l’angle mort des stratégies d’accompagnement actuelles, au Québec comme ailleurs.


L’écart de valorisation : le coût concret de ce creux


Ce phénomène a un prix mesurable, et les données internationales le quantifient. Au Québec, 61 % des cédants n’ont pas amorcé de planification de relève (Repreneuriat Québec, 2025a). En France, près de 70 % des dirigeants engagés dans un projet de transmission n’ont entrepris aucune démarche concrète plus d’un an avant la cession, et l’écart entre la valeur perçue par le cédant et la valeur reconnue par le repreneur constitue un considérable point de friction des transactions (Bpifrance Le Lab, 2025). En Allemagne, le prix moyen visé par les cédants a augmenté de 34 % depuis 2019, mais en parallèle, un cédant sur quatre envisage maintenant de simplement fermer son entreprise plutôt que de la transférer (KfW Research, 2025).


Le résultat? Des entreprises économiquement saines disparaissent ou se vendent en deçà de leur valeur réelle — l’un des constats centraux du rapport de l’OCDE (2019) sur la productivité des PME. Le creux d’innovation pré-succession, l’écart de valorisation et la tentation de la fermeture forment, ensemble, ce qu’on pourrait appeler le triangle d’érosion du repreneuriat. Et il se résorbe en grande partie en amont.


Notre regard : innover en amont, pas seulement en aval


L’innovation, dans le contexte du repreneuriat, devrait être intégrée bien avant la transaction. Un propriétaire qui prépare la vente de son entreprise a tout intérêt à se poser des questions qui vont au-delà de la mise en ordre des états financiers. La culture de l’innovation a une valeur en amont.


Il ne s’agit pas de se réinventer de fond en comble. Il s’agit de poser un regard différent sur ce qui existe déjà et de se demander : qu’est-ce qui pourrait être fait autrement pour préserver — et augmenter — la valeur de mon entreprise? L’innovation, dans ce contexte, ce n’est pas nécessairement un grand projet technologique. C’est parfois aussi concret que de revoir un parcours client, de formaliser un savoir-faire, d’asseoir un partenariat stratégique, de documenter des processus pour réduire la dépendance à une personne-clé ou d’intégrer une pratique qui améliore la productivité au quotidien.


Ce n’est pas uniquement une question d’investissement. C’est une question de posture. De curiosité. De volonté de penser un peu différemment le chemin vers le transfert.


Une entreprise qui amorce cette réflexion avant la mise en vente arrive sur le marché avec un atout considérable : elle démontre sa capacité d’adaptation, elle rassure les repreneurs potentiels, elle réduit l’écart de valorisation documenté en France, et elle évite le creux pré-succession observé en Allemagne et ailleurs. C’est gagnant pour le cédant, gagnant pour le repreneur et gagnant pour la vitalité économique de nos régions. Gagnant, gagnant, gagnant. C’est comme cela que nous fonctionnons, nous ne le dirons jamais assez!


Est-il trop tard?


Avec des dizaines de milliers d’entreprises qui arriveront sur le marché au cours des prochaines années et une majorité de propriétaires qui n’ont toujours pas de plan de relève, la question se pose légitimement. Pour certaines entreprises, le temps joue contre elles : celles qui attendent la dernière minute, sans préparation ni réflexion stratégique, risquent de se retrouver dans une position de négociation difficile, dans un marché qui deviendra de plus en plus achalandé.


De façon générale, toutefois? Non, il n’est pas trop tard. Au contraire : la mobilisation actuelle et l’accompagnement qui se structure à travers tout le Québec créent un contexte favorable comme il en a rarement existé (Gouvernement du Québec, 2025). L’enjeu, à notre sens, c’est de ne pas réduire le repreneuriat à une simple transaction d’achat-vente — ni à un dossier que l’on ouvre seulement quand l’acheteur frappe à la porte. C’est l’occasion de revoir la façon dont nos entreprises créent de la valeur, de miser sur ce qui les rend uniques et de s’assurer que cette richesse économique, humaine et communautaire soit non seulement transférée, mais bonifiée.


Le repreneuriat n’est pas qu’un enjeu de relève. C’est un enjeu d’innovation. Cela doit commencer bien avant la transaction..



Sur notre radar :


  • Webinaire de lancement pour NUMERI

Le 10 juin prochain, sur l'heure du midi, aura lieu ce webinaire pour le lancement de NUMERI par l'ADRIQ.


  • Chaudières-Appalaches l'ingénieuse: une conférence sur les aspects légaux de l'IA

Chaudière-Appalaches l'ingénieuse présente, avec ses partenaires, une conférence sur les aspects légaux de l'intelligence artificielle le 28 mai prochain.



Nos inspirations :


Today, Explained podcast (en anglais) 


Ce podcast présente et explique, à chaque jour, un sujet d’actualité. Ils discutent souvent d'intelligence artificielle sous divers points de vue.


Cinq principes clés pour développer une culture d’innovation florissante dans votre milieu


Cet article de 2024 de l’APDEQ est toujours autant d’actualité. Nous aimons revisiter ponctuellement et vous invitons à faire de même.




Nos références:


Bpifrance Le Lab. (2025). Transmission et reprise d'entreprise : perspectives de marché et facteurs clés de succès. Bpifrance, en partenariat avec CCI France, CMA France et le C.R.A. https://lelab.bpifrance.fr/transmission


Chambre de commerce et d'industrie de Québec. (2026). 5 000 entreprises à transférer d'ici 2028 : la CCIQ, la CCIGL, SAGE Mentorat d'affaires et Repreneuriat Québec forment un partenariat structurant [Communiqué de presse]. https://cciquebec.ca/5-000-entreprises-a-transferer-dici-2028-la-cciq-sage-mentorat-daffaires-et-repreneuriat-quebec-forment-un-partenariat-structurant/


Baltazar, J. R., Fernandes, C. I., Ramadani, V., et Hughes, M. (2023). Family business succession and innovation : A systematic literature review. Review of Managerial Science, 17(8), 2897–2920. https://doi.org/10.1007/s11846-022-00607-8 


Bennedsen, M., Nielsen, K. M., Pérez-González, F., et Wolfenzon, D. (2007). Inside the family firm : The role of families in succession decisions and performance. The Quarterly Journal of Economics, 122(2), 647–691. https://doi.org/10.1162/qjec.122.2.647


Gouvernement du Québec. (2025). Plan PME 2025-2028. Ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie. https://www.quebec.ca/gouvernement/ministeres-organismes/economie/publications/plan-pme


KfW Research. (2025). Nachfolge-Monitoring Mittelstand 2025 : Pläne für Geschäftsaufgaben wachsen erneut – Kaufpreisvorstellungen deutlich gestiegen (Fokus Volkswirtschaft No 526). KfW Bankengruppe. https://www.kfw.de/PDF/Download-Center/Konzernthemen/Research/PDF-Dokumente-Fokus-Volkswirtschaft/Fokus-2026/Fokus-Nr.-526-Januar-2026-Nachfolge-Monitoring.pdf



Organisation de coopération et de développement économiques. (2019). Perspectives de l'OCDE sur les PME et l'entrepreneuriat 2019. Éditions OCDE. https://doi.org/10.1787/dfc3ab17-fr


Repreneuriat Québec. (2025a). Des intentions de transfert d'entreprise toujours plus élevées que les projections pour 2025 [Communiqué]. https://repreneuriat.quebec/communiques/intention-de-transfert-2025/


Repreneuriat Québec. (2025b). Mise à jour de l'Étude nationale sur le repreneuriat : des chiffres clés pour mieux anticiper l'avenir des PME [Communiqué]. https://repreneuriat.quebec/communiques/mise-a-jour-etude-nationale-annonce-sommet/


Repreneuriat Québec. (2026). Sommet du repreneuriat - Chiffres à l’appui, les entreprises reprises sont plus productives et plus innovantes [Communiqué]. https://repreneuriat.quebec/communiques/sommet-repreneuriat-entreprise-productive/ 


Thériault, W. (2025). Transfert d'entreprise : quatre chiffres pour comprendre. La Presse. https://www.lapresse.ca/affaires/portfolio/2025-03-20/transfert-d-entreprise/quatre-chiffres-pour-comprendre.php





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